Bienvenue dans les mégapoles

CourrierIntern . En Asie, les villes tentaculaires croissent à grande vitesse. Images médiévales et modernité clinquante s’y côtoient

Il y a quelque chose de moyenâgeux dans les ruelles misérables et mal éclairées de Canton, là où se rassemblent les migrants originaires de l’arrière-pays chinois. Des bâtiments précaires penchent dangereusement au-dessus de leur tête et, après douze heures de dur labeur, ils se hâtent de rentrer chez eux en se faufilant à travers les ordures. Mais des numéros de téléphones portables griffonnés sur les murs leur proposant de faux papiers d’identité montrent que nous sommes aussi dans la modernité. Tout comme les luxueuses résidences avoisinantes, le vacarme des voies rapides surélevées et les dizaines de milliers d’usines high-tech qui produisent des chaussures et des lecteurs de CD à destination des Etats-Unis et de l’Europe. Intrigué par une évolution qui s’annonce décisive pour l’histoire de la planète – les Nations unies ont récemment prédit que, en 2007, plus de la moitié de la population mondiale, évaluée à 6,7 milliards d’habitants, vivrait en milieu urbain –, je me suis rendu à Canton pour tenter de trouver quelqu’un qui pourrait m’expliquer pourquoi l’humanité tournait ainsi le dos à la campagne. Je m’étais imaginé Canton comme l’une de ces villes du nord de l’Angleterre décrites par Charles Dickens dans Temps difficiles. Il semble en effet y avoir de nombreuses similitudes socio-économiques entre la première révolution industrielle anglaise et la modernisation qui est en train de métamorphoser le sud de la Chine et le reste de l’Asie à un rythme plus rapide et sur une plus grande échelle. Mais, en réalité, les villes asiatiques en pleine expansion, y compris Canton, sont moins un produit victorien qu’un curieux mélange de moyenâgeux et d’ultramoderne, et seuls la fumée de charbon et le smog évoquent Dickens. Pourtant, les propos tenus par les migrants sont les mêmes. “Il n’y avait pas de travail au village.” Par ces mots, à peine audibles en raison de la série télévisée dans son spartiate logement en béton, Zhang Dingnan explique pourquoi elle est venue il y a sept ans de son Hunan natal [province au nord de Canton]. Elle raconte aussi l’histoire de centaines de millions de personnes dans le monde qui, comme elle, quittent leur village pour s’installer dans des villes grouillantes. Elle fait partie du plus grand courant de migration de masse de l’humanité.

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