La révolution qui a tous changés

CourierIntern . Dans les rues du Caire, les Égyptiens reprennent possession de leur ville, commentent les événements des derniers jours et discutent de l’avenir de leur pays.

ahrir a résisté et Moubarak est parti. La place Tahrir a repris son rythme normal d’embouteillages chaotiques, mais elle n’est plus la même. Les Egyptiens non plus. La place Tahrir est devenue une sorte de mausolée couvert de drapeaux. La police militaire régule la circulation et empêche les visiteurs de s’attarder trop longtemps. « C’est interdit de s’arrêter ici, circulez ! », lancent les agents sans trop convaincre. Les chars sont pris d’assaut par les passants qui se bousculent pour prendre une photo souvenir. D’où la blague du moment : le Conseil suprême de l’armée a décidé que le couvre-feu ne serait pas levé tant que les Egyptiens ne se seront pas tous pris en photo devant les chars. Un chauffeur de taxi ironise sur ce musée militaire à ciel ouvert. « Mais il ne faut pas trop laisser traîner les choses car il y a Israël à côté », ajoute-t-il sur un ton plus sérieux.Dans la rue, dans les cafés, partout on ne parle que de la révolution. Souvent, les discussions s’achèvent sur un « rabbena youstour », « que Dieu nous préserve ».

Am Gamal, éboueur, ne s’inquiète pas trop, il se dit même optimiste. À la retraite depuis deux ans, il revient tous les matins dans le quartier où il travaillait. Muni de son balai, il continue de faire ce qu’il a fait toute sa vie. Les habitants du quartier, qui le connaissent tous, le sollicitent pour des petits travaux. Une manière de l’aider. « C’est comme cela que je m’en sors un peu. Avec ma retraite de 300 livres égyptiennes [37 euros], je ne peux rien faire et j’ai cinq enfants qui font des études… On n’arrive plus à vivre, il fallait que ça change », dit-il avec un large sourire édenté.

Près du café Groppy, dans le centre-ville, une jeune fille s’obstine à balayer le sable amené par la tempête qui balaie Le Caire. Partout, des initiatives citoyennes fleurissent. « J’ai appelé mon ancienne école et je lui ai proposé des cercles de discussion avec les élèves, explique Malak, sociologue. Comme la rentrée a été encore une fois reportée d’une semaine, je vais discuter avec les professeurs de la révolution et de ses enjeux pour dissiper leurs craintes et les inciter à en parler avec leurs élèves. » Une habitante de Zamalek [quartier chic du Caire], qui, pendant la révolution, participait la nuit aux comités populaires chargés de surveiller le quartier, va se joindre, la semaine prochaine, à une opération de nettoyage des rues de son quartier. « Cette révolution nous a tous changés », dit-elle.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s