Chili: Un séisme aux conséquences inattendues

CourrierIntern Le tremblement de terre qui a frappé les Chiliens le 27 février a été moins dévastateur que celui qui a ravagé Haïti le 12 janvier dernier. Mais il a rouvert de nombreuses blessures.

Au Chili, on l’appelle le tremblement de terre hypocrite. Un visiteur distrait pourrait très bien se promener dans le centre de Santiago et dans les quartiers résidentiels de la classe moyenne sans presque se rendre compte qu’ici la terre a tremblé avec une violence qui n’a pratiquement pas d’équivalent dans l’histoire des archives sismographiques. Après des années d’entraînement, l’expérience de plusieurs tremblements de terre de grande magnitude et un indéniable développement, nous autres Chiliens avons fini par croire que ce cataclysme ne ferait pratiquement pas de victimes, que cette catastrophe naturelle ferait totalement l’impasse sur le facteur humain. Comme beaucoup – voire trop – de choses dans ce pays, le désastre est subtil et souvent invisible, mais il est bien là, tapi dans notre volonté maladive d’être et d’avoir l’air normal, c’est-à-dire de faire partie du monde développé.

Or, le plus grand danger que recèle cette catastrophe à la chilienne tient précisément à son caractère invisible. Derrière leur façade encore intacte, de nombreux immeubles dissimulent en effet d’énormes fissures intérieures qui les rendent inutilisables. Il en va de même pour le pays dans son ensemble : la façade est restée plus ou moins intacte, la structure ne s’est pas effondrée, mais un grand nombre de fissures cachées se sont approfondies et apparaissent désormais dans toute leur réalité.

Quiconque a, comme moi, vécu les séquelles des deux plus puissants tremblements de terre de ce début de xxie siècle a vu les deux extrêmes d’un arc. Alors qu’en Haïti tout est image, évidence, horreur et stupéfaction, au Chili tout est subtilité, rumeurs, chiffres et paradoxes. Alors qu’en Haïti, où j’ai vu des familles entières chasser les mouches des restes de leurs proches, dès le premier jour la catastrophe s’exhibait comme à plaisir dans toute son horreur, au Chili tout a été extrêmement lent, caché, tant, d’ailleurs, que l’on a parfois du mal à se rappeler l’ampleur du désastre. Tandis qu’en Haïti toutes les structures anciennes se sont irrémédiablement effondrées dès la première seconde de la secousse, au Chili c’est au contraire le neuf, les immeubles réservés à la toute nouvelle classe moyenne, l’aéroport et sa décoration prétentieuse qui se voulait moderne et internationale, les routes fraîchement inaugurées, qui se sont écroulés les premiers.

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