Cul-de-sac consumériste

LeDevoir Barack Obama et la plupart des dirigeants occidentaux comptaient sur le coup de pouce des achats de Noël pour consolider la relance de l’économie mondiale. Mais le Worldwatch Institute, un des premiers organismes scientifiques à prendre le pouls de la planète dès 1974, s’inscrit en faux contre la fuite en avant d’une économie jugée de plus en plus meurtrière pour la planète.

Sans un changement culturel radical qui ferait de la surconsommation un interdit, voire un tabou, les politiques écologiques et les changements technologiques en cours mènent l’humanité tout droit à un cul-de-sac écologique et économique, estime le Worldwatch Institute de Washington, dans son «état du monde» pour 2010.

Ce bilan annuel, signé par 60 experts, s’intitule cette année Transformer la culture: du consumérisme à la viabilité. Il définit la tendance dominante à la consommation en Occident comme «une orientation qui conduit les gens à trouver du sens, de la satisfaction et de la reconnaissance en priorité à travers ce qu’ils consomment».

Selon Erik Assadourian, directeur de ce bilan de la consommation en regard de l’environnement, il y a bien eu quelques progrès à certains endroits mais, dit-il en substance, amorcer des politiques vertes et des changements technologiques tout en maintenant le rythme de consommation actuel est un véritable cul-de-sac, car on accélère notre rendez-vous mondial avec les grandes pénuries de ressources. Rien ne changera substantiellement, écrit-il, «si les sociétés humaines ne changent pas leurs valeurs culturelles au point que la viabilité écologique deviendra la norme et la consommation excessive, un tabou».

Des exemples de changement, il y en a pourtant de fort intéressants.

Les menus scolaires en Italie et en particulier à Rome sont désormais composés de produits biologiques, locaux de préférence, un changement de régime alimentaire majeur aussi pour les enfants. À Vauban, en Allemagne, les pistes cyclables, les éoliennes et le marché des produits locaux ont tellement imprégné la vie sociale que s’en démarquer devient un problème. Aux États-Unis, l’entreprise de tapis Interface Inc s’est donné pour règle de n’utiliser que des matériaux que la nature remplace en permanence. En Équateur, on a même inscrit les droits de la Terre mère — la Pachamama — dans la Constitution.

Mais, globalement, la réalité est moins rose.

Quelque 7 % des humains, soit les 500 millions de personnes les plus riches, sont responsables de 50 % des émissions de gaz à effet de serre, alors que les 3 milliards les plus pauvres ne rejettent ensemble que 6 % des émissions anthropiques. Et les gouvernements en remettent: des 2800 milliards investis par les gouvernements pour contrer la crise économique, quelques points de pourcentage à peine, selon le Worldwatch, ont été investis dans de véritables initiatives vertes. Pire, la performance de 2006 en matière de consommation est presque devenue un idéal: on avait consommé pour 30 500 milliards de biens et services cette année-là, soit 28 % de plus que 10 ans auparavant! La production de ces biens impose une extraction de ressources quotidienne qui équivaut à 112 fois le volume de l’Empire State Building. Si tous les humains consommaient autant, la Terre, selon la dernière évaluation du Worldwatch, ne pourrait soutenir de façon viable que 1,4 milliard d’habitants, soit le cinquième de son actuelle population.

Les bases culturelles de ce consumérisme inquiètent.

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