Myanmar, ses prisons …

Courier International: TÉMOIGNAGEDans l’enfer des prisons birmanes
Pour avoir participé au soulèvement de 1988, l’opposant Nay Tin Myint a été torturé et emprisonné pendant quinze ans par le régime birman. Il s’inquiète du sort des centaines de manifestants récemment arrêtés.
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J’ai survécu à quinze ans de détention dans une prison birmane, dont sept à l’isolement total. Mon seul crime était d’avoir prononcé un discours. Maintenant, je m’inquiète pour les centaines de mes concitoyens qui ont été arrêtées depuis quelques semaines. Les rafles ont commencé dès les premiers défilés, organisés le 19 août par Génération 88, un groupe d’étudiants birmans (le nom vient du soulèvement de 1988, lorsque les soldats ont ouvert le feu sur des étudiants qui manifestaient, faisant des milliers de victimes). La junte militaire a réagi sans tarder avec brutalité, en interpellant les meneurs en pleine nuit.

Ces militants écoperont probablement de vingt années d’emprisonnement sans procès. Car les procès n’existent pas au Myanmar. Ayant moi-même connu la brutalité et la cruauté des centres d’interrogatoire et de détention du pays, je ne doute pas qu’ils subiront de terribles tortures. Des bruits circulent selon lesquels beaucoup ont été hospitalisés.

La vie dans une prison birmane est sans doute ce qu’il y a de plus proche de l’enfer. La junte bafoue toutes les lois internationales, y compris celles qu’elle a accepté de respecter. La torture est la principale méthode d’interrogatoire et d’intimidation. Le but est de broyer l’individu, de l’humilier et de le briser par des techniques telles que des électrochocs, au moyen de lourdes chaînes, et en lui donnant de la nourriture et de l’eau infectes et malodorantes. J’ai été enchaîné pendant deux ans et demi. Ainsi entravé, on me forçait à ramper sur des pierres aiguisées pendant qu’on me rouait de coups. Et je n’avais évidemment pas le droit de voir un médecin.

Ils détenaient mon corps, mais j’avais décidé qu’ils n‘auraient pas mon esprit. Nous n’étions pas autorisés à lire ni à écrire et recevions à peine de quoi manger. C’est seulement au bout de quatre ans, après la visite d’un représentant du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), que le régime auquel nous étions soumis a été quelque peu adouci. Mais les médicaments et les colis que le CICR nous apportait étaient pour l’essentiel confisqués et vendus par les autorités carcérales. Si nous avions besoin d’injections, les mêmes aiguilles étaient utilisées pour tous. Le nombre de décès en prison des suites du sida demeure inconnu.

En juin, fait sans précédent, le président du CICR a vigoureusement et publiquement accusé la junte militaire de violations du droit international humanitaire. Le CICR n’a pas accès aux prisons birmanes depuis 2005. Aujourd’hui, quand je pense à ces moines et aux militants prodémocratie incarcérés Min Ko Naing et Ko Ko Gyi, ainsi qu’à d’autres chefs de file de Génération 88, je suis triste mais je garde espoir. Ces courageux amis ont osé défier les autorités en organisant des manifestations pacifiques pour protester contre la mauvaise gestion de l’économie, en ayant pleinement conscience des risques d’emprisonnement, voire de mort, qu’ils couraient. Je sais qu’ils survivront parce que, comme moi, ils sont convaincus de la justesse de notre cause. Et, surtout, ils croient en eux-mêmes.

La sanglante répression contre les manifestations pacifiques en 1988 n’a pas résolu les problèmes du pays, comme ne résoudra en rien la brutale réaction aux manifestations qui viennent d’avoir lieu vingt ans plus tard. Après des décennies de guerre civile et des années de dictature militaire, il est évident que la politique menée par le régime n’apporte pas la solution. Sans un véritable dialogue qui aboutisse à un règlement politique permanent, il ne peut y avoir de résultat positif pour le pays.

La communauté internationale a détourné le regard lorsqu’en 1988 des milliers de personnes étaient tombées sous les balles du régime. Maintenant, elle nous observe. Et elle ne doit pas une fois encore abandonner le peuple birman.

* Nay Tin Myint est l’un des fondateurs de la branche jeunesse de la Ligue nationale pour la Démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, et de Génération 88.

Nay Tin Myint *
The Wall Street Journal

Myanmar possède des ressources pétrolière, la Chine achète une large part de sa production

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[HRW.fr] Human Rights watch

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